
Votre archevêque
Roland MINNERATH

Votre archevêque
Roland MINNERATH
À la veille de mourir en martyr à Rome, Paul résume en quelques mots tout le sens de sa vie. Dans la deuxième lettre à Timothée, qui est comme son testament, il nous dit : « Je sais en Qui j'ai mis ma foi. » Prodigieuse parole, qui résume toute l'existence chrétienne. « Ma foi » ! Sa foi, il l'a accordée au Ressuscité le jour où celui-ci s'est manifesté à lui sur le chemin de Damas.
Depuis ce jour-là, sa foi n'a cessé de grandir dans son cœur ; et il n'a cessé de la répandre dans le monde. Paul nous indique que notre existence de chrétien se résume dans le mot « foi ». Notre foi, c'est la relation personnelle que chacun de nous entretient avec le Christ ressuscité. Mort, et ressuscité pour chacun de nous.
La foi, ce n'est pas un vague sentiment religieux. La plupart des hommes ont un sentiment religieux. La foi, c'est la pleine lumière jetée sur ce que nous cherchons, sur Dieu, sur l'homme, sur le sens de la vie. Paul a donné sa foi à ce Jésus ressuscité, qu'il n'a jamais rencontré au cours de son existence terrestre.
Nous aussi, qui n'avons pas, comme les douze Apôtres, cheminé avec Jésus en Galilée et en Judée, nous croyons qu'Il est vivant, parce que nous Lui donnons notre foi. Paul disait : « Je sais en Qui j'ai mis ma foi. » Si nous croyons, nous devons savoir en Qui nous mettons notre foi. Et toute l'œuvre de Paul, tout son apostolat, consiste à nous dire Qui est le Christ.
Par là, il répond aussi en notre nom, à cette question que Jésus posait à ses disciples d'alors et de maintenant : « Pour vous, qui suis-je ? » (Mt 16,15). Paul nous fait entrer dans le mystère de Jésus, le Christ. Il nous a révélé, épître après épître, « l'insondable richesse du Christ », comme il le dit lui-même. Le Christ, qui est venu vers nous, pour que nous puissions nous identifier à Lui, pour que notre vie ne soit plus comme avant de L'avoir rencontré.
Qui est Jésus le Christ ? Pour Paul, c'est le Ressuscité de Pâques, Celui qui lui dit : « Mais tu Me persécutes », alors qu'il persécutait la communauté des disciples. Le Ressuscité est identifié à nous, avec nous, avec son Eglise. Pour Paul, le Ressuscité, c'est le Seigneur, ce titre, que l'Ancien Testament réservait à Dieu le Créateur, et que Paul avait emprunté à la toute première communauté de Jérusalem.
Il est le Seigneur qui s'est fait Serviteur, qui est venu jusqu'à nous, et pour cette raison, Dieu L'a exalté dans la gloire. Paul a été capable de saisir le mystère du Christ dans sa totalité, le Christ éternel, Fils qui devient par son incarnation, l'un d'entre-nous et qui retourne dans la plénitude de la vie trinitaire, avec notre humanité désormais achevée, transformée, vivant avec Dieu pour toujours.
Pour Paul, le Christ est le nouvel Adam, Celui dont Dieu rêvait depuis le commencement et qui réalise pleinement le dessein de Dieu, l'Adam, qui n'est plus soumis à la mort, mais qui est entraîné dans la vie éternelle. Pour Paul, le Christ est l'icône du Dieu invisible. Qui peut parler de Dieu ? Personne ne L'a jamais vu ! Depuis qu'Il s'est manifesté dans la chair, Il est visible dans l'humanité du Christ, et seulement dans l'humanité du Christ, comme Paul le dira : « En son corps semblable au nôtre, habite la plénitude de la divinité » (Col 2,9).
Frères et Sœurs, lorsque nous déclinons l'identité du Christ, nous parlons de nous puisqu'Il nous a voulus conformés, et à son existence terrestre et à sa gloire éternelle. Par le baptême, nous entrons dans le Corps du Christ, Corps à jamais vivant, ressuscité, transfiguré dans la gloire. Tout ce que nous disons du Christ, nous le disons de nous-mêmes, de la dignité de notre vocation et du but vers lequel nous cheminons, qui est de partager comme Lui en Son humanité, la vie éternelle de Dieu.
La foi ! C'est la foi qui nous sauve, dit saint Paul. Ce ne sont pas les gestes extérieurs. La lettre, dit-il, la lettre de la Sainte Ecriture tue, s'il n'y a pas l'Esprit pour l'interpréter. Nous devons à Paul l'ouverture universelle de l'œuvre du Christ à tous les hommes, à toutes les nations.
Pourquoi Dieu S'est-il fait homme ? Paul nous dit : « pour mener tout homme à sa perfection. » La perfection, l'achèvement, c'est d'entrer dans la vie de ce nouvel Adam pour ressusciter avec Lui. Et ainsi, tout ce qui précède le Christ, est une préparation à l'évènement de la rencontre de chaque âme, de chaque personne dans les profondeurs de son moi, de son cœur, avec le Christ vivant, maintenant, pour Lui donner notre foi.
C'est grâce à Paul que l'Eglise ne s'est pas réduite à une communauté religieuse comme il y en a tant d'autres, basées sur l'ethnie, sur la langue, sur la culture, mais qu'elle transcende à jamais toutes les cultures humaines pour les appeler à converger vers cet homme nouveau qui est le Christ.
Grâce à Paul, nous sommes en mesure, aujourd'hui comme hier, de proclamer un Dieu proche des hommes, qui n'est pas le fruit de nos projections, de nos craintes ou de nos ignorances. Nous n'avons jamais cessé de découvrir le Dieu de Jésus-Christ, le Dieu qui est Amour depuis toujours.
Paul, par son enseignement, nous a ouvert les yeux sur la totalité de ce mystère. « Ce mystère dit-il, était caché en Dieu depuis le commencement du monde », à savoir que tous les païens –c'est-à-dire tous les hommes qui cherchent Dieu par les forces naturelles de leur esprit et de leur cœur – ont maintenant accès à l'alliance qui nous sauve, entrent dans le Corps du Christ.
C'est pourquoi, le message central de Paul, est celui-ci : « Ce ne sont pas les rites de l'ancienne Loi, ce ne sont pas les recherches philosophiques de la pensée grecque qui nous sauvent. Ce qui nous sauve, c'est notre foi en Jésus-Christ. Par là, le Christianisme est devenu à jamais universel, et même s'il a été tenté au cours de son histoire de s'identifier avec un peuple, une culture, une phase de l'Histoire du monde, il restera à jamais un appel à tous les hommes, dans leur diversité même, à entrer par la foi dans le salut de Dieu.
Puissions-nous savoir dire que le Christ est l'homme nouveau qui réconcilie tous les hommes, ceux qui avaient la révélation, ceux qui Le cherchaient à tâtons. Maintenant, Il les rassemble tous, en supprimant les divisions, entre Juifs et Païens, entre Grecs et Barbares, entre hommes et femmes. Tous, nous sommes nouveaux dans le Christ, et l'humanité entière trouve en Lui le point de convergence vers lequel elle peut cheminer, sans que soit détruite sa diversité. Oui, « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés », écrit Paul. A nous de répercuter son message. Le monde actuel en a plus que jamais besoin d'entendre qu'il est aimé de Dieu et sauvé par Jésus-Christ.
Amen