Textes de L'archevêque

Voeux du Nouvel-An aux autorités (04/01/11)
Madame la Préfète,
Monsieur le Président,
Monsieur le Sénateur-Maire de Dijon, Mesdames et Messieurs les Elus,
Mesdames et Messieurs les Hautes Autorités civiles, militaires, judiciaires et académiques,
Messieurs les membres du Corps consulaire,
Monsieur le Rabbin, Messieurs les Pasteurs, Messieurs les Présidents des Associations cultuelles,
Révérends Pères Abbés de Cîteaux et Flavigny,
Chers confrères et collaborateurs du diocèse,
Mesdames, Messieurs,

1. Ces derniers mois nous avons pu vérifier combien il est difficile dans nos démocraties de parvenir à un consensus sur des réformes indispensables et des orientations pour l'avenir. Pourtant les défis s'accumulent : épuisement des ressources énergétiques, stagnation ou recul démographique, crise financière, transmission difficile des valeurs. Ces défis nous concernent aussi. Ces difficultés touchent les fondements mêmes du vivre ensemble.
Le discours public cherche à rassembler autour de valeurs, comme si elles étaient évidentes aujourd'hui. Les valeurs de l'humanité qui fondent une société humaine libre ne se situent pas dans la sphère des choix optionnels privés. Elles constituent ce que notre culture a découvert de plus précieux ces soixante dernières années. Dans notre culture, ce registre de valeurs universelles est occupé par les droits de l'homme. Car les droits de l'homme comportent un horizon de transcendance, que nous appelons la dignité de la personne humaine. Transcendant veut dire indisponible, vrai en toutes circonstance, valeurs et droits innés, qui s'imposent à tous en raison même de leur cohérence avec l'humanité de l'homme.
La Doctrine sociale de l'Eglise prétend que nos valeurs humaines fondamentales sont fondées dans un ordre qu'il s'agit d'inventer au sens de découvrir, puis de mettre en oeuvre. Cet horizon transcendant se décline ensuite différemment selon les cultures et les circonstances.
Il n'y a pas de rupture entre la recherche et l'approximation à la norme la meilleure et cette norme meilleure. Elle existe puisque nous la cherchons. Elle s'impose à tous puisqu'elle est l'expression de ce qui est bon et juste pour l'homme.
Déjà les anciens Grecs considéraient la loi de la cité comme un don des dieux. A plus forte raison le christianisme considère-t-il la loi éthique comme inscrite par le Créateur dans le coeur des hommes.

2. Saint Augustin avait résumé en une formule célèbre sa longue méditation sur la paix. La paix, il ne pouvait plus qu'en rêver. Les Goths d'Alaric avaient saccagé Rome en 410, et la province d'Afrique venait d'être envahie par les Vandales venus d'Aquitaine et d'Espagne, qui allaient bientôt mettre le siège devant sa cité d'Hippone. Dans la réflexion d'Augustin, la paix n'est pas seulement l'absence d'hostilités. La paix est le bien suprême recherché par les hommes et les sociétés humaines. Elle concerne tous les domaines où se déroulent nos existences individuelles et sociales. « Pax omnium rerum tranquillitas ordinis » (La Cité de Dieu XIX, 13, 1).
Pour qu'il y ait paix, il faut que soit respecté l'ordre qui dispose les êtres et les choses avec justice. Cet ordre est un ordre humain, éthique, toujours à perfectionner. Il préexiste à nos recherches et doit être désiré. Cet ordre juge nos appréciations et nos lois. Il est inscrit en nous. Il n'est pas arbitraire. Cet ordre n'est pas le fruit de la discussion et de la volonté sans appel d'une majorité d'opinion changeante. Discussion oui, mais pour trouver en commun ce qui nous est commun. Si cet ordre n'existe pas, alors toute négociation se soldera par la victoire du plus fort, du plus manipulateur, du plus habile, au détriment de la vérité de l'homme. « Voluntas non veritas facit legem » disait Hobbes, « la volonté détachée de tout rapport à une vérité qui la fonde fait la loi ». Et nous y sommes. Mais nous nous sommes rendus compte au lendemain de la seconde guerre mondiale que tout n'était pas disponible, que l'humanité de l'homme n'était pas un objet de transaction, que la notion de dignité lui était inhérente, comme le dit admirablement le préambule de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948.
Saint Augustin examine les dimensions où prend racine la paix, qui est tranquillité de l'ordre. Il parcourt alors tous les
cercles concentriques qui enveloppent notre existence. A chaque cercle correspond l'exigence du respect de l'ordre qui lui est
inhérent.
• Il part de notre être physique. La paix du corps, dit-il, c'est la santé. Nous n'aurons pas de peine à le suivre sur ce point.
• Mais l'homme en parfaite santé n'est pas nécessairement en paix, parce que l'homme n'est seulement un organisme vivant il est une âme, une sensibilité, une volonté, une mémoire, une raison, un principe irréductible à l'organique. A la différence de l'animal qui trouve sa paix dans la satisfaction de ses instincts, la paix de l'homme qui est âme rationnelle et corps à la fois, c'est l'accord entre la conscience et l'action, entre ce que nous estimons être juste et bon et ce que nous faisons réellement.
• Puis Augustin aborde la paix dans la société. La paix entre les hommes, c'est la concorde bien ordonnée, qui consiste à ne nuire à personne et à se rendre utile à qui l'on peut (CD XIX, 14). Le premier cercle de l'homme en société est la famille, qu'Augustin comprend comme la domus, la maisonnée, au sens romain de la familia, qui comprenait aussi différentes générations dépendantes du paterfamilias et les serviteurs. La famille est la cellule primordiale de la société. La structure de la famille n'est pas négociable. Elle est régie par les liens de l'affection et de la solidarité, et des relations d'autorité naturelle. La paix de la famille, c'est l'harmonie entre les générations lorsque chacune joue pleinement son rôle, lorsque les parents éduquent et que les enfants sont éduqués. Augustin ajoute « ceux qui commandent sont au service de ceux auxquels ils paraissent commander » (id. XIX, 14).
• La paix de la cité résulte de la concorde entre ceux qui font les lois et ceux qui leur obéissent. Nous dirions entre le législateur et les citoyens. La loi humaine positive ne peut pas contredire la loi éthique inscrite dans le coeur des hommes et que l'on appelle la loi naturelle. La loi puise sa légitimité dans sa conformité avec l'ordre naturel. Il n'y a pas de paix dans la cité lorsque cet ordre humain naturel est bouleversé.
• La paix entre les nations enfin s'analyse comme une relation basée sur le droit, la justice des échanges et le respect de l'ordre international aujourd'hui plus sophistiqué que jamais, alors qu'Augustin ne connaissait qu'un empire romain d'Occident en voie de décomposition.

3. Augustin ne considère pas la cité terrestre comme l'ultime cercle d'appartenance de l'homme en société. L'homme est fait pour « la cité de Dieu », titre de son célèbre ouvrage sur le sens de l'histoire universelle. La paix de la cité céleste, terme du parcours, donne la mesure de l'ordre qui règne dans les sphères précédentes. Si l'on n'admet pas l'horizon de la cité céleste, l'horizon d'une transcendance, on se replie sur le registre de la cité terrestre, sans trouver en lui le sens ultime qu'il n'est pas en mesure de fournir.
La tranquillité de l'ordre suppose une ouverture sur le mystère qui enveloppe l'existence humaine. Elle ne s'accommode
pas de catégories mentales réductrices, de systèmes figés, d'idéologies qui la rendent opaque.
C'est sans doute plus facile à dire qu'à faire. Nous sommes tous pris dans des structures qui nous absorbent sans nous laisser le temps de corriger le tir lorsque cela paraît nécessaire. Quelquefois, je me dis que votre tâche est probablement plus difficile que la nôtre. Nous avons pour mission d'explorer les immenses ressources de l'héritage judéo-chrétien, mais nous sommes peu écoutés. Nous souhaitons que notre réflexion puisse être partagée. Personne ne prétend avoir le monopole de ce qui est bien et juste pour l'homme. La vérité de la tranquillité de l'ordre est toujours devant nous. Il faut la découvrir ensemble. Nous disons seulement que cet ordre existe. Vous êtes confrontés au quotidien avec la multitude des options et des opinions contradictoires. Nous, nous regardons les grands ensembles en rappelant l'approche chrétienne millénaire qui est à la source des idées de dignité, d'égalité, de liberté, de fraternité, de laïcité. Les droits de l'homme - selon les termes de la Déclaration Universelle de 1948 - sont la version sécularisée de la dignité de la personne créée à l'image de Dieu dans un ordre à scruter et à respecter.
Soyez assurés que, de notre part, dans notre monde en quête de repères, nous continuerons à interroger la sagesse qui nous a inspiré ce que notre projet de civilisation a de meilleur. Le propre du regard chrétien est d'être tourné vers l'avenir et d'y puiser les raisons d'espérer pour aujourd'hui. Je vous souhaite à tous une bonne année de tranquillité pour vos familles, vos engagements et vos responsabilités dans la cité, pour que la concorde règne dans le délicat équilibre entre la liberté des personnes et l'ordre qui la garantit.

Bonne année.

signature
Votre archevêque
Roland MINNERATH

Prière pour le respect de la vie (28/11/10)

Dijon, Eglise Notre-Dame Premier dimanche de l'Avent

En cette heure de prière, nous voulons Te louer, Seigneur, pour nous avoir donné la vie, celle de la chair qui finira un jour et celle de l'âme qui ne finira pas.

Notre existence, nous l'avons reçue de Toi.

Nous Te confessons comme notre Créateur.

Tu es aussi notre Rédempteur qui nous a associés à Ta victoire sur la mort.

Nous savons que notre vie présente est un passage vers la vie éternelle, à laquelle tu nous destines,
Toi qui as fait de nous tes fils et tes filles en ton Fils unique.

Nous ne prétendons pas que la vie nous appartienne. Nous disons plutôt que nous appartenons à la vie. Nous y sommes entrés sans volonté de notre part. Nous ne disposons pas du don que nous avons reçu de Toi. Nul ne choisit de venir au monde, nul ne choisit ses parents, ses traits physiques ou psychiques, sa culture, son milieu, sa nation. La vie est un mystère en son origine et en sa fin. Mystère signifie réalité irréductible à nos sens et à nos tentatives d'explication. Autour du concept de dignité de la personne humaine, notre culture occidentale exprime quelque chose de ce mystère, de cette indisponibilité de la vie dans laquelle nous nous mouvons et dont nous cherchons la clé. A nous de comprendre toutes les implications de cette dignité dont tu as revêtu tes créatures.

Dans la phase présente de l'histoire humaine, nous avons l'impression que la science nous a rendus maîtres de la vie. Nous connaissons l'infiniment grand comme l'infiniment petit. Nous avons scruté la structure de l'ADN. Mais nous ne savons fabriquer aucune cellule vivante. Tout ce que nous savons faire, c'est manipuler la vie que tu nous as donnée. En nous créant à Ton image, tu nous as associés à l'oeuvre de ta création, Seigneur. Tu veux que par notre intelligence et notre énergie nous contribuions à parachever ce que tu as commencé, à guérir ce qui est devenu malade, à consolider ce qui s'abîme. Nous ne pouvons qu'entretenir ta création, la cultiver amoureusement comme un jardin, un jardin qui n'appartient qu'à toi. A mesure que grandit notre pouvoir sur la vie, tu nous invites, Seigneur, à faire grandir la conscience de notre responsabilité envers elle, surtout à son commencement et à son terme, lorsqu'elle est toute fragilité livrée entre nos mains. Nous constatons que notre société ne sait pas se prononcer clairement pour définir le moment où la vie reçoit la protection de la loi, et elle hésite à lui conserver cette protection jusqu'à sa fin naturelle.

I. La vie naissante

Le droit ne doit pas suivre les moeurs, mais soutenir les conduites qui défendent la dignité de la personne. Le droit doit participer à l'éducation des hommes et des citoyens. Il ne peut pas entériner toutes les
revendications. En condamnant l'avortement, nous sommes cohérents avec le respect dû à la vie dès sa conception. La vie conçue doit être traitée avec les mêmes égards et recevoir la même protection que la vie après la naissance.

La vie commence au moment de la fécondation et finit avec la mort naturelle. Il n'y a pas de stade intra-utérin où l'embryon serait une chose, un pur amas de cellules. Il y a un sujet humain avec une identité bien définie dès la fusion des gamètes. Décider qu'un embryon ne devient un embryon humain qu'à telle ou telle étape de son évolution, est toujours un choix arbitraire. Le respect de la vie suppose que le développement de l'être humain soit respecté sur tout son parcours.

L'Eglise n'approuve pas la fécondation extra corporelle, qui entraîne la fabrication d'embryons surnuméraires. L'embryon est-il une chose, pour que l'on puisse en disposer ? Nous disons que l'embryon est un être humain. Il y a continuité parfaite entre la cellule primitive formée par l'union des gamètes, d'une part, l'embryon, le foetus et l'enfant à la naissance d'autre part. Toute l'information génétique est présente dès le moment de la conception. Nous demandons donc que l'embryon ne soit pas considéré comme un matériel génétique dont on peut disposer.

Les thérapies cellulaires à partir de cellules souches peuvent être développées à partir de cellules adultes ou prélevées sur le cordon ombilical. Toute conception utilitariste de l'embryon humain doit être rejetée. L'éthique interdit la création d'embryons humains à des fins de recherche. Le génome humain ne peut pas, en tant que tel, être breveté. Il n'est pas commercialisable.

Une éthique rigoureuse doit accompagner le diagnostic prénatal, dont le but est de déceler d'éventuelles anomalies et de les guérir, en évitant de glisser dans des pratiques eugénistes. Le clonage humain reproductif est moralement inacceptable, qui consiste à produire un embryon dont le génome est issu d'un unique être humain. Le clonage humain thérapeutique à des fins de recherche ou en vue de créer des cellules souches embryonnaires, qui met en oeuvre les mêmes techniques, n'est pas davantage admissible.

La société doit dégager un consensus sur les limites à ne pas transgresser en matière de biotechnologie. Nous déclarons que l'embryon ne peut donc être considéré comme un matériau pour servir à d'autres fins que lui-même, car il est sa propre fin.

II. La vie finissante

Devant les souffrances qui accompagnent les fins de vie, nos contemporains concluent souvent à la possibilité de hâter le moment de la mort, dans le but de faire éviter des souffrances et d'anticiper une fin de toute manière inéluctable. Ici la conscience morale doit aussi nous rappeler que nous ne sommes pas les maîtres de la vie, et certainement pas de celle des autres.

On ne perd jamais sa dignité humaine. La maladie, la dégradation de nos facultés physiques ou mentales n'entraînent aucune diminution de notre dignité humaine. L'être humain doit toujours être respecté. Aucune autorité, fût-elle médicale, ni la famille ni le malade lui-même ne peuvent décider de mettre un terme à la vie. Il ne s'agit pas de promouvoir l'acharnement thérapeutique, mais de recourir, partout où c'est possible, aux soins palliatifs. Soulager la souffrance, même si les analgésiques peuvent hâter le moment de la mort, est une démarche tout autre que celle qui décide de mettre fin à une vie. Il n'est moralement pas recommandable de prolonger artificiellement une vie par des traitements curatifs sans issue. C'est par contre un devoir de lui procurer nourriture et hydratation pour sa sustentation naturelle. L'intention de donner la mort à une personne en fin de vie n'est jamais moralement justifiable. Le médecin a pour vocation de soulager la souffrance, de guérir, mais pas de donner la mort.

Nous devons être présents à la souffrance des autres. Nous ne pouvons pas préjuger de notre réaction lorsqu'elle nous atteindra nous-mêmes. Nous demandons au Seigneur la force de persévérer lorsque notre faiblesse prendra le dessus. La personne en fin de vie et qui souffre a plus que jamais besoin de tendresse, de présence amicale. Elle sait qu'elle sera bientôt délivrée de son corps. Puissions-nous faire grandir dans les coeurs la confiance en Dieu qui nous a fait vivre non pas pour nous abandonner à la mort définitive, mais pour nous associer à sa propre vie, comme son Fils ressuscité. « Pour ceux qui croient, la vie n'est pas enlevée, mais transformée », nous dit la liturgie. S. Jean écrit : « Dès maintenant nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n'a pas encore été manifesté » (1 Jean 3,2). Avant d'être admis à la pleine lumière, nous sommes conscients de la fragilité de notre condition présente, alors que nous sommes, avec tous nos frères humains, en attente de « la liberté et de la gloire des enfants de Dieu » (Romains 8, 21).

signature
Votre archevêque
Roland MINNERATH

Conversion de Saint-Paul (25/01/09)

CE QUI NOUS SAUVE, C'EST NOTRE FOI EN JÉSUS CHRIST

Chers Frères et Sœurs,

À la veille de mourir en martyr à Rome, Paul résume en quelques mots tout le sens de sa vie. Dans la deuxième lettre à Timothée, qui est comme son testament, il nous dit : « Je sais en Qui j'ai mis ma foi. » Prodigieuse parole, qui résume toute l'existence chrétienne. « Ma foi » ! Sa foi, il l'a accordée au Ressuscité le jour où celui-ci s'est manifesté à lui sur le chemin de Damas.

Depuis ce jour-là, sa foi n'a cessé de grandir dans son cœur ; et il n'a cessé de la répandre dans le monde. Paul nous indique que notre existence de chrétien se résume dans le mot « foi ». Notre foi, c'est la relation personnelle que chacun de nous entretient avec le Christ ressuscité. Mort, et ressuscité pour chacun de nous.

La foi, ce n'est pas un vague sentiment religieux. La plupart des hommes ont un sentiment religieux. La foi, c'est la pleine lumière jetée sur ce que nous cherchons, sur Dieu, sur l'homme, sur le sens de la vie. Paul a donné sa foi à ce Jésus ressuscité, qu'il n'a jamais rencontré au cours de son existence terrestre.

Nous aussi, qui n'avons pas, comme les douze Apôtres, cheminé avec Jésus en Galilée et en Judée, nous croyons qu'Il est vivant, parce que nous Lui donnons notre foi. Paul disait : « Je sais en Qui j'ai mis ma foi. » Si nous croyons, nous devons savoir en Qui nous mettons notre foi. Et toute l'œuvre de Paul, tout son apostolat, consiste à nous dire Qui est le Christ.

Par là, il répond aussi en notre nom, à cette question que Jésus posait à ses disciples d'alors et de maintenant : « Pour vous, qui suis-je ? » (Mt 16,15). Paul nous fait entrer dans le mystère de Jésus, le Christ. Il nous a révélé, épître après épître, « l'insondable richesse du Christ », comme il le dit lui-même. Le Christ, qui est venu vers nous, pour que nous puissions nous identifier à Lui, pour que notre vie ne soit plus comme avant de L'avoir rencontré.

Qui est Jésus le Christ ? Pour Paul, c'est le Ressuscité de Pâques, Celui qui lui dit : « Mais tu Me persécutes », alors qu'il persécutait la communauté des disciples. Le Ressuscité est identifié à nous, avec nous, avec son Eglise. Pour Paul, le Ressuscité, c'est le Seigneur, ce titre, que l'Ancien Testament réservait à Dieu le Créateur, et que Paul avait emprunté à la toute première communauté de Jérusalem.

Il est le Seigneur qui s'est fait Serviteur, qui est venu jusqu'à nous, et pour cette raison, Dieu L'a exalté dans la gloire. Paul a été capable de saisir le mystère du Christ dans sa totalité, le Christ éternel, Fils qui devient par son incarnation, l'un d'entre-nous et qui retourne dans la plénitude de la vie trinitaire, avec notre humanité désormais achevée, transformée, vivant avec Dieu pour toujours.

Pour Paul, le Christ est le nouvel Adam, Celui dont Dieu rêvait depuis le commencement et qui réalise pleinement le dessein de Dieu, l'Adam, qui n'est plus soumis à la mort, mais qui est entraîné dans la vie éternelle. Pour Paul, le Christ est l'icône du Dieu invisible. Qui peut parler de Dieu ? Personne ne L'a jamais vu ! Depuis qu'Il s'est manifesté dans la chair, Il est visible dans l'humanité du Christ, et seulement dans l'humanité du Christ, comme Paul le dira : « En son corps semblable au nôtre, habite la plénitude de la divinité » (Col 2,9).

Frères et Sœurs, lorsque nous déclinons l'identité du Christ, nous parlons de nous puisqu'Il nous a voulus conformés, et à son existence terrestre et à sa gloire éternelle. Par le baptême, nous entrons dans le Corps du Christ, Corps à jamais vivant, ressuscité, transfiguré dans la gloire. Tout ce que nous disons du Christ, nous le disons de nous-mêmes, de la dignité de notre vocation et du but vers lequel nous cheminons, qui est de partager comme Lui en Son humanité, la vie éternelle de Dieu.

La foi ! C'est la foi qui nous sauve, dit saint Paul. Ce ne sont pas les gestes extérieurs. La lettre, dit-il, la lettre de la Sainte Ecriture tue, s'il n'y a pas l'Esprit pour l'interpréter. Nous devons à Paul l'ouverture universelle de l'œuvre du Christ à tous les hommes, à toutes les nations.

Pourquoi Dieu S'est-il fait homme ? Paul nous dit : « pour mener tout homme à sa perfection. » La perfection, l'achèvement, c'est d'entrer dans la vie de ce nouvel Adam pour ressusciter avec Lui. Et ainsi, tout ce qui précède le Christ, est une préparation à l'évènement de la rencontre de chaque âme, de chaque personne dans les profondeurs de son moi, de son cœur, avec le Christ vivant, maintenant, pour Lui donner notre foi.

C'est grâce à Paul que l'Eglise ne s'est pas réduite à une communauté religieuse comme il y en a tant d'autres, basées sur l'ethnie, sur la langue, sur la culture, mais qu'elle transcende à jamais toutes les cultures humaines pour les appeler à converger vers cet homme nouveau qui est le Christ.

Grâce à Paul, nous sommes en mesure, aujourd'hui comme hier, de proclamer un Dieu proche des hommes, qui n'est pas le fruit de nos projections, de nos craintes ou de nos ignorances. Nous n'avons jamais cessé de découvrir le Dieu de Jésus-Christ, le Dieu qui est Amour depuis toujours.

Paul, par son enseignement, nous a ouvert les yeux sur la totalité de ce mystère. « Ce mystère dit-il, était caché en Dieu depuis le commencement du monde », à savoir que tous les païens –c'est-à-dire tous les hommes qui cherchent Dieu par les forces naturelles de leur esprit et de leur cœur – ont maintenant accès à l'alliance qui nous sauve, entrent dans le Corps du Christ.

C'est pourquoi, le message central de Paul, est celui-ci : « Ce ne sont pas les rites de l'ancienne Loi, ce ne sont pas les recherches philosophiques de la pensée grecque qui nous sauvent. Ce qui nous sauve, c'est notre foi en Jésus-Christ. Par là, le Christianisme est devenu à jamais universel, et même s'il a été tenté au cours de son histoire de s'identifier avec un peuple, une culture, une phase de l'Histoire du monde, il restera à jamais un appel à tous les hommes, dans leur diversité même, à entrer par la foi dans le salut de Dieu.

Puissions-nous savoir dire que le Christ est l'homme nouveau qui réconcilie tous les hommes, ceux qui avaient la révélation, ceux qui Le cherchaient à tâtons. Maintenant, Il les rassemble tous, en supprimant les divisions, entre Juifs et Païens, entre Grecs et Barbares, entre hommes et femmes. Tous, nous sommes nouveaux dans le Christ, et l'humanité entière trouve en Lui le point de convergence vers lequel elle peut cheminer, sans que soit détruite sa diversité. Oui, « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés », écrit Paul. A nous de répercuter son message. Le monde actuel en a plus que jamais besoin d'entendre qu'il est aimé de Dieu et sauvé par Jésus-Christ.

Amen